Les origines médiévales
Le Teckel est allemand. Son nom officiel, Dachshund, signifie littéralement "chien à blaireau" (Dachs = blaireau, Hund = chien). Les premières mentions de chiens bas sur pattes utilisés pour la chasse au terrier remontent au XVe siècle en Allemagne.
Ces ancêtres du Teckel n'avaient pas encore la silhouette standardisée d'aujourd'hui. C'étaient des chiens de type brachet (braque), sélectionnés pour leur petite taille, leur courage et leur voix puissante. Les forestiers allemands les appelaient "Dachskrieger" (guerrier du blaireau) ou "Dachsfinder" (trouveur de blaireau).
Le blaireau européen pèse entre 10 et 15 kg, possède des griffes redoutables et se bat avec férocité dans son terrier. Le chien qui devait l'affronter devait être assez petit pour entrer dans le terrier, assez courageux pour ne pas reculer, et assez bruyant pour guider le chasseur en surface.
La sélection du chasseur parfait
Au fil des siècles, les éleveurs allemands ont façonné le Teckel trait par trait pour en faire le chasseur souterrain idéal :
| Trait physique | Fonction de chasse | Conséquence aujourd'hui |
|---|---|---|
| Corps long et bas | Se faufiler dans les terriers étroits | Vulnérabilité au niveau du dos (hernie discale) |
| Pattes courtes et puissantes | Creuser pour ouvrir les galeries | Besoin de creuser (jardin, canapé) |
| Poitrail large et profond | Capacité pulmonaire pour aboyer sous terre | Voix étonnamment puissante pour sa taille |
| Oreilles tombantes | Protéger le conduit auditif de la terre | Prédisposition aux otites |
| Tempérament têtu | Ne pas abandonner face au blaireau | Caractère obstiné au quotidien |
| Voix forte et insistante | Être entendu sous plusieurs mètres de terre | Aboiements fréquents |
| Flair développé | Pister le gibier dans les galeries | Nez toujours au sol en promenade |
Chaque particularité du Teckel moderne s'explique par cette sélection. L'obstination qui agace les propriétaires était un avantage vital sous terre : un chien qui abandonne face au blaireau ne survit pas.
L'apparition des trois types de poils
Le Teckel d'origine avait un poil court et lisse. Les deux autres variétés sont apparues par croisements ciblés, chacune pour répondre à un besoin de chasse spécifique.
Le poil ras (l'original)
Le plus ancien, le plus proche du Teckel médiéval. Son poil court et lisse était idéal pour ne pas accrocher la terre et les racines dans les terriers. C'est la variété la plus répandue dans le monde.
Le poil long (XVIIe-XVIIIe siècle)
Obtenu par croisement avec des épagneuls. Le poil long et soyeux protégeait le chien dans les sous-bois denses et les terrains froids. Il a aussi rendu la race plus populaire auprès de l'aristocratie, qui appréciait son élégance.
Le poil dur (XIXe siècle)
Créé par croisement avec des terriers à poil dur (Dandie Dinmont, Scottish Terrier, entre autres). Le poil rêche et dense offrait une protection supérieure contre les ronces, le froid et les morsures. La barbe et les sourcils protégeaient le visage dans les terriers. C'est la variété la plus utilisée en chasse encore aujourd'hui.
L'apparition des trois tailles
Le Teckel d'origine était un chien de taille moyenne (ce qu'on appelle aujourd'hui le standard). Les deux tailles plus petites ont été développées pour chasser du gibier plus petit dans des terriers plus étroits.
- Le standard (7-14 kg) : pour le blaireau et le renard. Tour de poitrine supérieur à 35 cm.
- Le nain (4-5 kg) : développé à la fin du XIXe siècle pour le lapin. Tour de poitrine entre 30 et 35 cm.
- Le kaninchen (3-3,5 kg) : le plus petit, créé spécifiquement pour entrer dans les terriers de lapin les plus étroits. Tour de poitrine inférieur à 30 cm. Kaninchen signifie "lapin" en allemand.
La reconnaissance officielle
Le premier club de Teckel, le Deutsche Teckelklub, a été fondé en 1888 en Allemagne. Le standard de la race a été formalisé par la FCI (Fédération Cynologique Internationale) sous le numéro 148, dans le groupe 4 (Teckels), le seul groupe de la classification FCI qui ne contient qu'une seule race.
Ce classement unique témoigne de la singularité du Teckel : il n'entre dans aucune autre catégorie. Ni terrier (bien qu'il chasse dans les terriers), ni courant (bien qu'il piste le gibier), ni braque (bien qu'il descende des brachets). Le Teckel est une catégorie à lui seul.
Le Teckel dans la culture
Le Teckel a dépassé le cadre de la chasse pour devenir un symbole culturel, notamment en Allemagne :
- Waldi (1972) : la mascotte des Jeux Olympiques de Munich était un Teckel multicolore, premier animal mascotte de l'histoire olympique. Le parcours du marathon avait même été dessiné en forme de Teckel.
- Picasso : le peintre possédait un Teckel nommé Lump qui apparaît dans plusieurs de ses oeuvres. Lump vivait dans l'atelier et était, selon Picasso, "pas un chien, pas un homme, mais quelque chose entre les deux".
- Andy Warhol : son Teckel Archie l'accompagnait partout, y compris à ses interviews. Warhol disait qu'Archie faisait les réponses à sa place.
- Napoléon : l'Empereur aimait profondément les Teckels. Il possédait notamment une femelle nommée Grenouille (poil long) et une femelle à poil ras nommée Faussette, qu'il refusait d'emmener en campagne de peur qu'elles soient blessées.
- La reine Victoria : passionnée de Teckels, elle a contribué à populariser la race en Angleterre au XIXe siècle.
Le Teckel aujourd'hui
Le Teckel connaît un regain de popularité notable. En France, il a atteint la 10e place des races les plus inscrites au LOF en 2024, avec 5 065 inscriptions, soit une hausse de 9 % par rapport à 2023. En Allemagne, il reste dans le top 5. Aux États-Unis, le Dachshund figure historiquement parmi les dix races les plus populaires.
La très grande majorité des Teckels sont désormais des chiens de compagnie. Mais la chasse n'a pas disparu : en Allemagne et dans plusieurs pays européens, le Teckel à poil dur reste un chien de travail utilisé pour la chasse au terrier, la recherche au sang (pistage du gibier blessé) et le déterrage.
L'enjeu actuel pour la race est la santé. La sélection qui a créé son corps allongé lui a aussi légué la maladie du disque intervertébral. Les éleveurs responsables travaillent aujourd'hui à réduire ce risque par des tests génétiques et une sélection qui ne privilégie plus uniquement l'apparence.
600 ans, et toujours le même tempérament
Le Teckel de 2026 qui refuse de lâcher son jouet, qui aboie sur le facteur et qui creuse dans le jardin fait exactement ce pour quoi il a été sélectionné pendant des siècles. Ce n'est pas un défaut d'éducation, c'est un héritage. Le comprendre, c'est le premier pas pour bien vivre avec lui.